Chapitre II du roman l'Icône de Saint Vladimir

Chapitre II - L\'icône de Saint Vladimir

 

CHAPITRE II

Vadim

 

Samedi 7 décembre 2002

 

  Dix-huit heures. Il ne pleuvait plus mais Hugues restait perdu dans ses pensées. La migraine ne le faisait presque plus souffrir et un lointain bruit de casseroles entrechoquées le ramena à la réalité. Il réalisa avoir oublié de prévenir la cuisinière qu’il ne dînerait pas à la maison ce soir.

Un court instant, l’idée de ne pas bouger de la soirée lui traversa l’esprit. Ce retour vers son passé tragique avait tué en lui tout désir et toute énergie. Pourtant, ne pas se rendre au vernissage alors qu’il était lui-même à l’origine du projet eut été inconcevable. Son ami galeriste ne l’aurait pas compris. Pas plus que Vadim d’ailleurs. Allez il est temps que tu te bouges ! s’invectiva-t-il. 

  Sans entrain il passa dans le dressing pour le choix des vêtements : costume gris, chemise blanche, boutons de manchettes en argent frappées du sceau des Poligney, cravate jaune pâle à pois bleus, bottines noires à boucle. Élégance et sobriété.

 

  Vers vingt heures il sortit du garage au volant de la Jaguar grise. Direction la capitale.

  Une légère pression sur l’accélérateur propulsa la limousine à des vitesses hautement prohibées. Cela eut tôt fait de sortir le jeune homme de sa torpeur. Il fallait qu’il se réveille s’il ne voulait pas finir dans le fossé. Un peu d’adrénaline. C’est tout ce dont il avait besoin. Alors, sur les routes de campagne, les rares véhicules le précédant furent laissés sur place. Émotions fortes ; se mettre en danger pour mieux savourer la vie. Et ne pas oublier.

 

  Peu de temps après, l’autoroute, pédale des gaz largement enfoncée. Le conducteur file à près de 180 kilomètres/heure, espérant échapper aux radars. Son cousin Edouard, qui travaille au cabinet du ministre de l’intérieur, l’a prévenu que la prochaine fois, il ne pourrait rien pour lui.

  Bientôt les portes de Paris sont en vue. Objectif, dix-neuf rue de Seyne. La circulation s’avère plus dense que prévue. Slalom entre les voitures et couloirs de bus ; il a du retard. Le boulevard Saint-germain est avalé rapidement. Attente forcée dans la rue Bonaparte. Un camion de ramassage des ordures le bloque. Tant pis, j’ai fait ce que je pouvais soupire-t-il en regardant sa montre. À droite, la rue des Beaux Arts et enfin, avant vingt et une heures, la galerie. Inespérée, une place de livraison lui tend les bras.

  Près de la porte, Vadim, qui guette son arrivée, accourt vers lui en ouvrant les bras :

  — Privet Hugues, rad tebia videt ![1] 

  — Dobryi vecher Vadim[2], comment vas-tu ?

  — C’est un des plus beaux jours de ma vie !

  Il étreint son ami avec chaleur.

 

  Les Marais regorgeaient d’œuvres d’arts de toutes sortes, peintures, sculptures, meubles anciens, objets rares, accumulés par la famille depuis des siècles. Dès l’enfance, Hugues s’était donc le plus naturellement du monde, familiarisé avec tous ces trésors. De surcroît, ses parents l’avaient régulièrement emmené dans les plus grands musées d’Europe et visiter ce genre de lieu lui procurait désormais un réel plaisir.

  Depuis la fin de ses études, il venait souvent faire le tour des galeries parisiennes situées entre la Seine et le boulevard. D’ailleurs c’est justement dans l’une d’elles, qu’il avait rencontré Vadim, un dimanche de novembre deux mille deux. Handicapé par son fort accent, roulant les r, ce dernier essayait vainement de convaincre le maître des lieux d’exposer son travail. Artiste inconnu contre galeriste frileux. Équation impossible.

  Dépité le peintre poussa la porte et sortit tête basse.

  Hugues, intrigué, lui emboîta le pas et décida de l’aborder.

  — Pardonnez-moi de vous déranger…je vous ai vu à la galerie. Vous êtes russe n’est-ce pas ?

  Vadim, surpris,  marqua un temps d’arrêt mais répondit passablement irrité.

  — Oui pourquoi, ça s’entend tellement ?

  — Non pas vraiment, mentit le Français, mais la famille de ma mère venait de Russie et j’ai appris la langue à l’école. Voilà comment j’ai deviné...

  L’explication suffit à radoucir le peintre qui serra la main de son interlocuteur.

  — Ochen priyatno, ya Vadim.[3]

  — Rad poznakomitsya, menya zovut Hugues.[4]

  — Vy prekrasno govorite po-russki ![5]

  — Vous êtes gentil… En fait je me débrouille, mais ne me sens pas très à l’aise. Pouvons nous continuer en français ?

  — D’accord. Que puis je faire pour vous Hugues ? demanda Vadim.

  — Pas grand-chose à vrai dire, mais j’ai vu que ça n’avait pas très bien marché avec le galeriste et je me demandais…

  — Oh si c’était le seul qui ne voulait rien savoir ! le coupa le peintre désabusé, se lançant dans une diatribe contre ces imbéciles, qui ne connaissent rien à l’art et regardent à peine ce qu’on leur montre tellement ils ont peur de la nouveauté. Aucun d’eux ne veut se mouiller, tout ça parce que je propose quelque chose de différent ! C’est indigne de cette ville qui a abrité tellement de grands artistes ! Ces incapables feraient mieux d’aller vendre des posters sur les marchés ! Ils ne sont bons qu’à ça !

  Hugues ne l’interrompit pas, comprenant que le peintre avait besoin de se défouler après son dernier revers.  Il le laissa donc exprimer tout son ressentiment avant de reprendre.

  —…Oui donc je me demandais si vous me laisseriez jeter un œil sur votre travail ? Je suis un peu amateur d’art précisa-t-il pour mettre son interlocuteur en confiance…

L’autre le regarda avec curiosité.

  — Si vous voulez, dit-il finalement sans grand enthousiasme.

  — Parfait ! Dans ce cas je vous propose de nous installer quelques instants dans le café d’en face. Nous serons plus à l’aise. Bien sûr vous êtes mon invité !

  — Entendu, je vous suis, répondit le Russe.

Feuilletant le catalogue, il ne fallut pas longtemps à Hugues pour comprendre qu’il avait affaire à un artiste prometteur. Figurative mais originale dans son exécution, la peinture de son hôte représentait principalement des personnages d’une autre époque. Le coup de pinceau était sûr et le style extrêmement affirmé.

  — Est-ce que je peux le garder ? demanda le Français après quelques minutes.

  — Non, désolé, il s’agit d’un de mes derniers et je les réserve pour les professionnels… Encore que le terme professionnel soit très exagéré pour qualifier ces incapables !

  — Dommage…  répondit Hugues visiblement déçu. Peut-être aurais-je pu vous aider…

  — Seriosno ?[6]

  — Je ne peux rien promettre, mais votre peinture sort de l’ordinaire et je la trouve vraiment intéressante. J’ai un ami galeriste et je souhaiterais lui montrer…

  — S’il ressemble à tous ceux que j’ai déjà vu… lâcha Vadim.

  — Je comprends que vous soyez sceptique après toutes vos déconvenues, répondit Hugues, mais mon ami lui au moins regardera vraiment ce que vous faites. Enfin c’est comme vous voulez…

 

  Vadim paraissait dubitatif. Paris paradis des artistes ? Il avait eu le temps de s’apercevoir qu’il s’agissait d’un mythe. Rues arpentées depuis plus d’une année, travail présenté encore et encore. Désillusions répétées. Faire un essai, ne serait-ce que quelques jours, voilà tout ce qu’il demandait. Non, aucun intérêt ! Nous sommes déjà au complet… Ce n’est pas le style de la galerie ! Quelle que soit l’endroit, toujours les mêmes rengaines ! Ses toiles, roulées sous le lit de la chambre de bonne, n’en finissaient plus d’attendre qu’on leurs donne une chance de se révéler au monde. En vain ! Pas même le début d’une proposition. Rien. Nada ! Il était prêt à jeter l’éponge et à rentrer au pays.

  Et soudain, surgi de nulle part, ce jeune homme blond à moitié russe lui proposait son aide. S’agissait-il d’un signe du destin ?

  Sceptique, mais malgré tout plein d’espoir, il lui confia un de ses précieux catalogues. Dans le pire des cas, il ne perdrait qu’un peu de papier et quelques illusions de plus.

  Numéros de téléphones échangés, les deux hommes se séparèrent.

 

  De retour à Compiègne, Hugues étudia le catalogue pendant une bonne semaine avant d’appeler son ami.

  — Allo Christian, Hugues à l’appareil.

  — Quelle surprise ! Le marquis de Carabas ! Que me vaut le plaisir de ton appel ?!

  — Très spirituel…On peut dire que je l’aurai entendue celle-là ! Tu pourrais au moins varier tes effets…

  — Excuse-moi mais je n’ai pas pu résister ! Tu sais que tu es mon marquis préféré… ? Tiens le seul que je tutoie !

  — Tu t’enfonces, espèce de galeriste à deux sous, mais que ne pardonnerait-on pas à une belle âme comme la tienne…

  — Fichtre ! Toi tu as quelque chose à me demander ou je ne m’y connais pas…

  — Hum…je vois que ce n’est pas au vieux singe…

  — Qu’on apprend à faire la grimace… Merci pour le vieux singe !

  — Oui tu as raison, vieux me paraît exagéré…Tu n’as que cinquante ans finalement…

  — Là c’est toi qui t’enfonces … répondit le galeriste. Bon si tu me disais tout, votre Magnificence…

  — Tu as l’air bien pressé…

  — Excuse-moi, j’ai un peu de monde à la galerie.

  — D’accord, je vais essayer d’être bref. J’ai rencontré dernièrement un jeune peintre russe, qui, à mon humble avis, fait un travail remarquable. Le style me semble super original et la qualité de sa peinture mérite qu’on s’y arrête. Vraiment !

  — Hugues, pardonne-moi mais tu n’ignores pas que l’on me présente régulièrement de nouveaux artistes en prétendant qu’ils sont fantastiques…

  — Je suis au courant.

  — Et tu sais aussi que malheureusement, cela s’avère rarement vrai. J’ai procédé à quelques essais qui se sont révélés désastreux. Ceci étant dit sans vouloir te blesser, ni mettre en doute tes connaissances en peinture naturellement.

  — Naturellement…

  — En plus, je tourne déjà avec quinze peintres que j’expose à tour de rôle et je n’ai guère de place pour un seizième.

  — Je comprends tes arguments, mais puis-je au moins t’apporter son catalogue afin que tu puisses en juger par toi-même ? insista Hugues.

  Soupir un peu las du galeriste.

  — D’accord, passe quand tu veux ! J’aurai au moins le plaisir de ta visite.

 

  Le jour même, chez Christian :

  — Alors, qu’en penses-tu ?

  — Je ne sais pas. C’est original, certes, mais cela risque aussi de dérouter mes clients traditionnels…

  — Franchement Christian, regarde la puissance qui se dégage de ce travail ! Il y a une énergie extraordinaire dans ces tableaux ! Pour moi cela confine presque au génie ! Et puis, tu dis toujours qu’un véritable artiste doit apporter quelque chose de nouveau. Que te faut il de plus ?

  — Oh mon jeune ami ! Je t’estime beaucoup mais tu t’emballes…Restons calmes et regardons posément les choses. Du talent, peut-être, ça reste à vérifier…pour le génie, il faut se garder de toute appréciation excessive… Je t’accorde que ce type a son style qui lui est propre, mais nous ne sommes tout de même pas en présence d’un Soulage ou d’un Hartung…

  — Bon si tu ne veux rien entendre…se désola Hugues.

  — Mais je n’ai pas dit ça, seulement mets toi un peu à ma place ! Je prends tous les risques et si ton artiste fait un bide, qui paie les pots cassés ? se défendit Christian en levant les bras au ciel.

  — Je t’ai connu moins timoré…glissa Hugues.

  — Je vieillis…

  — Oui je m’en rends compte… 

  Le galeriste ne put réprimer un sourire.

  Les deux hommes restèrent un instant silencieux en feuilletant le catalogue.

  — Bon, écoute homme de peu de foi, j’ai entendu ce que tu me disais, reprit enfin Hugues. Voilà donc ce que je te propose : tu fais un essai en l’exposant une semaine et si jamais les ventes ne couvrent pas au moins tes frais, je te rembourse la différence. Ainsi tu es couvert. Qu’en penses-tu ?

  Christian ne répondit pas tout de suite.

  — Il s’agit d’une proposition plutôt inhabituelle… lâcha-t-il finalement.

  — Certes… mais la fin justifie les moyens.

  — Hum… je me demande ce qui te pousse à vouloir aider ce type… Tu ne me caches rien dis moi ?

  — Bien sûr que non ! Sa peinture me touche, voilà tout ; de surcroît il est russe et extrêmement sympathique. Et puis je peux me le permettre, donc j’aimerais lui donner un coup de main, ça s’arrête là.

  Le galeriste regarda encore attentivement les photos des œuvres de Vadim puis conclut :

  — Très bien. Je vais garder le catalogue et je te rappelle dans disons… maximum quinze jours. Cela me laissera aussi le temps de voir au niveau planning, cependant n’espère pas trop, OK ? Car franchement même si tu m’indemnises, je préfère exposer quelqu’un qui me fera plus certainement gagner de l’argent. Business is business…

  Mais Christian se manifesta finalement bien plus rapidement que prévu.

  — J’ai bien étudié l’œuvre de ton protégé et sans être aussi enthousiaste que toi, je pense que cela vaut sans doute la peine de faire un essai avec lui. Par contre, pas plus d’une semaine. Je veux limiter le manque à gagner éventuel.

  — Je suis certain qu’il s’en contentera ! Tu es génial Christian ! Je savais que je pouvais compter sur toi.

  — Ça va, ne t’enflamme pas trop et demande à Vadim de garder la tête froide... Rien ne dit que la clientèle va nous suivre.

  — Mais ce type veut seulement avoir la possibilité de montrer son travail ! Après ça passe ou ça casse… Au moins il aura eu sa chance ! expliqua Hugues.

  — Certes.

  — Et quand estimes-tu que cela sera possible ?

  — A priori la deuxième semaine de décembre.

  — Excellent ! Je l’appelle pour lui annoncer la nouvelle et on se reparle un peu plus tard pour toutes les modalités.

  — Entendu, à bientôt !

 

  Durant les quinze jours précédant le vernissage, Hugues multiplia les coups de téléphone, puisant dans son important carnet d’adresses. Il s’agissait d’une occasion unique pour Vadim et il fallait en tirer le meilleur parti. Pas question de mégoter.

  Tous n’avaient pu se libérer pour l’évènement mais la galerie semblait néanmoins presque pleine. Pierre et Adrien, ses amis de toujours étaient là, ainsi que des camarades de promotions, des collègues, cousins et relations d’affaires.

  L’ancien petit écureuil, ne donnait plus cette impression de fragilité qui mettait mal à l’aise lorsqu’on l’observait autrefois. Les quelques cicatrices dues aux morsures de rats, avaient presque totalement disparu de son visage. Après de brillantes études de physique, direction le CNRS en tant que chef de projet et mariage dans la foulée avec Jeanne, une des membres de son équipe.

  Adrien, oubliant ses débuts de scolarité perturbés et même s’il préférait les matières scientifiques, s’était orienté vers des études de droit. La famille l’y avait largement encouragé. Et dès que le père prendrait sa retraite, il serait à la tête de l’étude notariale. Mais pour l’instant, courber le dos et attendre. Pas commode le vieux Janet. Et pas homme à laisser tomber un ouvrage accompli avec passion depuis plus de trente ans.

  Le fils prenait donc son mal en patience, se disant que « l’ancien», finirait bien un jour par se fatiguer de venir tous les matins au bureau.

  Daphné, présente également, observait le travail de Vadim avec intérêt. Christian faisait partie de ses amis et c’est d’ailleurs chez lui qu’elle avait rencontré Hugues pour la première fois. Ce dernier s’intéressait alors à un tableau qu’elle venait justement d’acheter. Voyant la déception sur les yeux du jeune homme, elle s’était spontanément proposée de le lui abandonner. Ce soir elle souriait en se souvenant des premiers mots échangés avec lui.

  — Non Mademoiselle  je ne peux pas accepter…

  — Mais si voyons, je vous sens contrarié et cela me fait plaisir de vous le céder… De toute façon je possède déjà plusieurs toiles de cet artiste. Il me semble juste que d’autres puissent le découvrir également…

  — Bien mais alors à une condition…

  — Laquelle ?

  — Qu’en échange de votre désistement vous acceptiez une invitation à dîner…

  Elle rougit, trouvant ce jeune homme charmant, mais trop entreprenant à son goût.

  — Hum, mais il n’y a aucune raison monsieur… Je renonce bien volontiers à ce tableau… et puis je n’ai pas l’habitude de sortir avec des inconnus…

  — Eh bien qu’à cela ne tienne, faisons connaissance ! Permettez moi de me présenter : Hugues de Poligney.

  Il lui baisa la main.

  La jeune femme sourit, amusée par la tournure que prenait la situation.

  — Enchantée. Je suis Daphné  Boissière…

  — C’est un réel plaisir de vous rencontrer mademoiselle Boissière. Alors pour cette invitation ?

  Elle réfléchit quelques secondes, se disant qu’accepter ne l’engageait à rien. Et puis ce garçon semblait si séduisant et remarquablement bien élevé.

  — À dîner non… par contre à déjeuner pourquoi pas…répondit-elle finalement.

  Christian témoin de la scène arborait un sourire en coin. Daphné fit les présentations.

  — Vous me semblez avoir beaucoup de goût, lâcha le maître des lieux s’adressant à Hugues.

  — Je n’ai aucun mérite, répondit ce dernier d’un air entendu…votre galerie recèle des trésors inestimables !

 

  Par la suite les deux hommes se revirent souvent et Christian devint un ami proche.

  Ce soir le galeriste n’avait pas lésiné sur le champagne et les petits fours. Certains invités ne quittaient pas le buffet.

  Accrochées aux murs, des toiles de toutes tailles : du triptyque de deux mètres de haut sur quatre mètres de large, au plus petit tableau de cinquante centimètre par quarante centimètres. Thème de l’exposition : l’antiquité. Toutes les peintures représentaient des personnages dans différentes scènes bibliques.

  Le jeune Poligney après avoir salué tous ses amis, semblait perdu dans ses pensées. Il ne vit pas Vadim s’approcher de lui.

  — Hugues ! Je voudrais te présenter Anastasia, une amie de Saint-Pétersbourg…

  Devant lui se tenait une jeune femme d’environ vingt cinq ans vêtue d’une robe fourreau noire descendant à mi-cuisse. Grande, le teint pale, elle avait les yeux bleu azur légèrement en amande et de longs cheveux bruns. Sa beauté était à couper le souffle.

  — Ochen priyatno Anastasia.[7]

  — Mne toje.[8] 

  — Vous parlez français ? demanda Hugues subjugué.

  — Oui bien sûr, répondit-elle presque sans accent.

  — Formidable ! Car je suis russe par ma mère mais cela fait longtemps que je ne pratique plus…

  — Ne vous inquiétez pas, j’ai l’habitude de parler votre langue.

  — À la bonne heure ! En tout cas quel cachottier ce Vadim…Il ne m’avait pas dit qu’il connaissait d’aussi charmantes personnes…

  — Vous me flattez, répondit la jeune femme en souriant.

  Hugues ne pouvait détourner les yeux de cette fille sublime et se sentit soudain gauche et emprunté.

  — Puis-je vous offrir un peu de champagne Anastasia ? lança-t-il pour se donner une contenance.

  — Volontiers…

Il alla chercher deux coupes et proposa un toast.

  — Je lève mon verre à la Russie, ma deuxième patrie, dont vous êtes la plus magnifique des ambassadrices !

  — À la Russie !

  Ils trinquèrent en se regardant dans les yeux ainsi que l’exige la tradition russe et bien qu’habitué à fréquenter de très désirables jeunes femmes, Hugues paraissait envoûté par Anastasia.

  — Que pensez-vous de l’œuvre de votre compatriote ? demanda-t-il soudain.

  — En fait j’aime beaucoup le thème développé ce soir mais vous savez, je connais déjà très bien le travail de Vadim. Il a exposé plusieurs fois à Saint-Pétersbourg et d’ailleurs nous nous sommes rencontrés à l’occasion d’un vernissage. Un ami m’a offert un de ses tableaux. Je trouve qu’il exprime vraiment quelque chose de nouveau et d’exceptionnel. Je ne me lasse pas d’admirer sa peinture.

  — C’est également ce que j’ai pensé en feuilletant son catalogue pour la première fois, avoua Hugues. Et à présent que j’ai la chance d’admirer ses toiles de visu, je ne suis pas déçu. Ce Vadim possède un talent fou !

  Il proposa à la jeune femme de faire le tour de la galerie avec lui et elle accepta sans se faire prier.

  — Vous restez longtemps à Paris ?

  — J’y suis encore jusqu’à la mi-janvier. Pour mon travail. Ensuite je pars pour Nice rendre visite à quelques amis, avant de regagner Saint-Pétersbourg début février.

  — Et que faites vous dans la vie si cela n’est pas trop indiscret ?

  — En fait je m’occupe de public relations au sein d’un cabinet spécialisé dans les fusions acquisitions entre la France et la Russie…

  Hugues n’en crut pas un mot. Les public relations, il connaissait. Ainsi que les fusions acquisitions. Et le profil des spécialistes de la profession qu’il avait eu l’occasion de croiser différait beaucoup de celui arboré par cette fille au regard d’ange. Même si elle possédait a priori l’intelligence et certainement les compétences indispensables à un tel travail, il sentait qu’Anastasia mentait, ou en tout cas cachait quelque chose. Mais il n’en laissa rien paraître et poursuivit :

  — Passionnant ! Vous devez rencontrer des tas de gens intéressants…

  — Oui, j’aime beaucoup ce métier et il me permet aussi de passer du temps en France, qui se révèle un pays fascinant ! Et vous quelle est votre activité ?

  — Je dirige une entreprise dans le domaine du bois près de Compiègne.

  — Le bois ! Nous aimons beaucoup cette matière en Russie ! s’exclama-t-elle en arborant un large sourire laissant apparaître des dents blanches à l’alignement parfait. Mais vous le savez certainement si vous avez des origines russes.

  — Oui en effet et d’ailleurs je l’adore moi aussi ; elle me rappelle mon enfance près de la nature. Nous habitions la campagne et j’y réside d’ailleurs à nouveau depuis la fin de mes études. Je ne pourrais pas me passer de ce contact régulier avec les éléments… Rien de tel qu’une balade au grand air pour se ressourcer !

  — Vous avez absolument raison ! En Russie je passe souvent mes week-ends à la dachya[9]. Et ce que je préfère là-bas, c’est le bain russe. Cela ressemble un peu au sauna mais avec une chaleur  plus humide ajouta-t- elle les yeux pétillants.

  — Je connais, ma mère m’en a parlé, répondit Hugues troublé, imaginant déjà la jeune femme dévêtue dans cette atmosphère surchauffée… 

  Et sinon, lors de vos séjours à la campagne avez-vous déjà pratiqué l’équitation ? Poursuivit-il, cherchant à se ressaisir.

  — Oui, pourquoi cette question ? demanda-t-elle étonnée.

  — Parce que si vous êtes libre demain, j’aurais beaucoup aimé vous inviter à faire une balade avec moi. Je possède quelques chevaux qui piaffent d’impatience de vous connaître…

  Elle sourit. Hugues ne ressemblait à aucun de ses courtisans habituels. Allure racée, sourire enjôleur et regard dégageant à la fois force et douceur. Une main de fer dans un gant de velours. Comment pouvait-on refuser la moindre chose à un homme aussi séduisant ?

  — C’est vraiment très tentant, malheureusement j’ai un rendez-vous important, prétendit-elle.

Hugues, décontenancé, tenta de masquer sa déception.

  — Dommage, dit-il simplement. Une autre fois peut-être ?

  — Peut-être…

  Au fond, la réponse d’Anastasia ne le surprenait pas totalement. Il sentait que la jeune femme ne se laisserait pas séduire facilement. Mais son orgueil en prenait un coup.

 

  Non loin de là, Daphné n’a rien raté de la scène, écoutant distraitement Vadim parler de son travail. Trop fière et bien élevée pour laisser transparaître quoi que ce soit, elle souffre en silence. Insupportable spectacle que de voir l’être aimé, sourire et parler à une autre femme, surtout lorsqu’elle se révèle d’une telle beauté. Elle rêve d’étrangler cette bimbo russe et d’emmener le marquis loin de la galerie pour le serrer fort dans ses bras. Vaine et inutile pensée. La flamme ne brûle plus dans le cœur d’Hugues. Mais il conserve pour sa petite fleur, une vraie tendresse et une affection sincère. Si elle s’égare, lui fait une scène, il s’éloignera à coup sûr et elle le perdra définitivement. Alors tout sauf ça ! Et peut-être qu’avec le temps il lui reviendra… Surtout ne pas gâcher cet espoir si infime soit-il ! Elle reste donc bien sagement près de Vadim et continue à l’écouter comme si de rien n’était.

  À l’autre bout de la salle, Pierre semble en grande conversation avec Adrien. Tous deux ont remarqué l’arrivée de la magnifique Anastasia et vu avec quel l’empressement Hugues s’est occupé d’elle depuis le début de la soirée.

  — Alors, chez elle ou chez lui ? demanda brusquement le notaire sur un ton badin.

  — Ne sois pas vulgaire Adrien …le tança son ami. Laisse les prendre leur temps… D’ailleurs, je ne suis pas du tout certain que cela se fasse, vois-tu…

  — Ah oui et qu’est-ce qui te fait penser cela ?

  — Je ne sais pas, il y a quelque chose d’étrange dans le regard de cette fille.

  — Que veux-tu dire ?

  — On dirait qu’elle joue un rôle… En tous cas moi elle ne me convainc pas vraiment…

  — Je me demande où tu vas chercher tout cela… Pour ma part, je peux t’assurer que si j’étais à la place d’Hugues, je n’attendrais pas une seconde de plus. Finis les ronds de jambes, place aux choses sérieuses.

  — Et que ferais-tu ?

  Je l’emmènerais au Lutecia ... Ces femmes là aiment le luxe. Il faut leur en mettre plein la vue ! Elles ne marchent  qu’à ça ! Après, dans la main elles te mangent !

 

  Pierre ne peut retenir un grand éclat de rire. Il s’amuse régulièrement du côté brut de décoffrage qu’arbore parfois son ami avec une désarmante sincérité. Piètre séducteur, ce dernier n’a jamais su s’y prendre avec les femmes et sa dernière réflexion est caractéristique du personnage.

 — À mon humble avis, car je ne peux certes pas me prévaloir de ton expérience, le Lutecia a peut-être tout d’un lieu magnifique, cependant y emmener une jeune femme que tu ne connais que depuis une heure, c’est limite la prendre pour une…

  —…Pute ?

  — Oui tu as dis le mot Adrien…

  — En tout cas tu ne m’ôteras pas de l’idée qu’elle aime ça…renchérit le notaire.

  — Peut-être, mais nous ne sommes pas concernés, donc calme toi et reprends un peu de champagne, cela te remettra les neurones en place…

  Adrien savait que Pierre avait raison, mais de voir cette superbe créature lui faisait perdre le sens des réalités. Célibataire, tout comme Hugues, il était toujours à l’affût, prêt à aborder une jolie femme. Sans toutefois posséder le charme de son noble ami, il ne manquait pourtant pas d’atouts ; visage agréable aux traits réguliers -quoi qu’un peu alourdi par une mâchoire inférieure large et légèrement proéminente, quelques taches de rousseurs et une coupe de cheveux d’inspiration militaire. Mesurant près d’un mètre quatre-vingt-dix, cet athlète accompli s’adonnait régulièrement au body building. Un beau parti le notaire, mais son tact de pachyderme, ne lui permettait jamais de garder une petite amie plus de quelques mois. Il s’en plaignait du reste régulièrement, car la solitude lui pesait et les soirées entre copains ne compensaient pas le manque de tendresse et d’affection qu’il éprouvait.

  Pierre avait souvent essayé de lui parler, afin de l’aider à corriger ce défaut lui empoisonnant la vie. Cependant il ne réussissait pas à faire d’effort au-delà de quelques semaines. Passés les premiers instants, sa fougue naturelle et son côté rustre reprenaient le dessus.

  — Et que penses-tu qu’il va arriver ?

  — Je ne sais pas, mais je suppose que l’invincible Hugues va la reconduire chez elle et qu’ils se reverront peut-être demain ou un autre jour…. Cependant je dois t’avouer que cette fille ne me dit rien. J’ai le sentiment qu’il s’agit d’une manipulatrice.

  — Toutes les femmes le sont un peu non ? Et puis, comment peux-tu juger alors que tu ne l’as vu qu’à distance ? demanda Adrien sceptique.

  — Il y a des attitudes et des regards qui ne trompent pas…persista Pierre, sûr de lui.

  — Ah oui ? Dans ce cas peut-être devrais-tu prévenir notre ami ?

  — Je lui parlerai, mais plus tard si cela s’avère nécessaire. Ce soir, je ne suis pas certain que le moment serait bien choisi…

 

  À la fin de la soirée, le vernissage se terminant, la salle se vida petit à petit et Hugues proposa à Anastasia de la raccompagner. Il s’attendait à essuyer un nouveau refus, mais à sa grande surprise, elle accepta.

  Après avoir pris congé des rares visiteurs encore présents, le jeune homme aida la divine Russe à enfiler son manteau en renard argenté puis à s’installer sur le moelleux cuir Connolly de la limousine britannique.

  — Où allons-nous ?

  — Je vais vous guider.

 

  La Jaguar s’élança presque silencieusement dans la nuit parisienne. À vingt trois heures, les rues de la capitale étaient presque désertes. Le froid vif, régnant depuis le début du mois, avait visiblement découragé les noctambules.

  Hugues adopta une conduite souple, ne prenant plus aucune liberté avec le code de la route ; bien calé sur son siège, il conduisait sur un filet de gaz, enivré par le grisant parfum de sa passagère.

  Cette dernière ne parlait que pour indiquer le chemin. Lui se contentait de l’écouter et de suivre ses instructions. La radio, branchée sur RTL, diffusait un vieux tube des Beatles :

  She’s not a girl who misses much… Do do do do do do
oh, yeah   ….

  Le véhicule, après un passage sur les quais rive gauche, emprunta l’avenue Rapp.

  — Prenez maintenant à droite dans l’avenue de la Bourdonnais, c’est au trente deux.

  Quelques secondes plus tard, la voiture s’arrêta et Hugues coupa le moteur. Contournant le véhicule, il ouvrit la portière à Anastasia et lui offrit sa main afin de l’aider à descendre. Puis il la raccompagna jusqu’à l’entrée de son immeuble et prit congé d’un baisemain. Mais alors qu’il venait à peine de se retourner pour regagner la Jaguar, elle lui lança en souriant :

  — Vous avez une longue route, Hugues, pour rentrer à Compiègne. Voulez vous que je vous  prépare un café avant de partir ?

  Décontenancé par cette proposition à laquelle il ne s’attendait pas, le séducteur hésita quelques secondes avant de répondre.

  — Oui, avec plaisir. Je crois que j’en aurai grand besoin !

  Il gara la voiture sur un passage piéton et rejoignit la jeune femme.

  L’immeuble était de style haussmannien. Après avoir passé le porche, un vaste couloir menait à l’escalier, revêtu d’un beau tapis aux teintes rouge foncée. Une agréable odeur de bois ciré emplissait l’air. L’ascenseur, un vieux modèle datant d’avant la seconde guerre mondiale, ne pouvait accueillir plus de deux personnes.

  Hugues laissa entrer la jolie Russe puis pénétra à son tour dans le peu d’espace qui restait. Faisant face à la jeune femme, il pouvait presque sentir sa respiration.

  Elle appuya sur un bouton et après quelques bruits mécaniques, la cabine se mit en marche. À quelques centimètres de son visage, Hugues observait Anastasia en se demandant quel comportement adopter. Devait-il prendre l’initiative, ou attendre que la situation évolue ? Il ne savait comment agir avec cette femme si mystérieuse et envoûtante. Quelques heures plus tôt, elle avait décliné sa proposition de le retrouver à la campagne le lendemain et pourtant maintenant elle l’invitait à monter chez elle. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle souffle le chaud et le  froid pensa-t-il.

  L’arrêt brutal au troisième étage, surprit Hugues plongé dans ses réflexions. Le palier ne comportait que deux portes et Anastasia ouvrit celle située directement face à l’ascenseur, s’engouffrant dans un appartement aux hauts plafonds, où se mêlaient une décoration typiquement russe, riche en dorures, icônes, tissus chargés et des éléments high-tech  tels que le téléviseur à écran plat accroché au milieu d’un des murs du salon et la chaîne HIFI Bang and Olufsen installée près de la cheminée en marbre.

  Il y avait là également un tableau de Vadim, ainsi que les copies d’un Picasso et d’un Chagall.

  Le mobilier de style Louis Philippe comprenait une magnifique bibliothèque en chêne, regorgeant de romans russes et français, une table ronde, quatre chaises, deux élégants canapés recouverts d’un joli tissu rouge brodé, un secrétaire et une petite table basse.

  Près de la chaîne Hi-fi, une colonne en plexiglas pleine de CD.

  Assis sur un sofa, Hugues attendait Anastasia partie préparer le café. Comme elle tardait à revenir, il se leva pour choisir un disque et l’introduisit dans le lecteur. La voix de Zemfira, une chanteuse de la nouvelle scène pop russe, emplit soudain joyeusement la pièce.

  Il se rassit en se laissant bercer par la chanson. « Privet Romazhki….. »[10]

  C’est alors que la jeune femme reparut, vêtue d’un peignoir en soie rose et tenant un plateau sur lequel trônaient deux tasses en fine porcelaine, un pot à café, un peu de sucre et du lait. Ses seins généreux  pointaient au travers du tissu fin et soyeux. 

  Elle prit place à côté d’Hugues et le servit. Il eut une folle envie de la serrer dans ses bras.

  — Connaissez-vous Saint-Pétersbourg ? demanda-t-elle.

  — Non je n’y suis jamais allé. D’ailleurs cela vous surprendra sans doute, mais de ma vie, je n’ai jamais mis les pieds en Russie, avoua le jeune homme.

  — Comment cela se fait-il, puisque votre maman est russe ?

  — Était…

  — Que voulez vous dire ?

  — Elle nous a quitté il y a plus de dix ans…

  — Oh je suis désolée, s’excusa Anastasia, confuse.

  — Il n’y a pas de mal, vous ne pouviez pas savoir…

  — Que s’est il passé ?

  — Un accident de voiture les a emportés, elle et mon père. Je venais d’avoir dix huit ans, raconta le jeune homme, tentant de masquer son émotion.

  — Mon Dieu mais quel drame horrible ! s’exclama la jolie Russe, tout en prenant la main d’Hugues avec douceur, l’air visiblement touchée.

  Ses doigts fins apparaissaient parfaitement manucurés et ses ongles revêtus d’un vernis pourpre accentuaient encore plus la pâleur de sa peau.

  — Après une si agréable soirée, nous n’allons pas parler de choses tristes, dit-il pour détendre l’atmosphère devenue soudain pesante.

  La main d’Anastasia tenait toujours la sienne et Hugues se trouvait à présent plus proche de la jeune femme qu’il ne l’avait jamais été. Cette dernière semblait pour la première fois fragile et presque perdue. Il en déduisit que la belle souhaitait sans doute rendre les armes. Alors il tourna la tête vers elle et tenta de l’embrasser.

  Mais, contre toute attente, elle se déroba.

  Le marquis en fut pour ses frais. Il dégagea sa main et reprit la tasse de café à moitié pleine qu’il s’empressa de terminer.

  — Bien, je crois que je vais devoir partir, annonça-t-il en arborant un sourire de composition.

  — Déjà ? demanda-t-elle, feignant l’étonnement.

  — Oui, je pense à présent être bien réveillé, mais je sais que cela ne va pas durer. Il faut que j’en profite tant que je suis encore en état de conduire, prétexta  Hugues encore sous le choc du revers qu’il venait de subir.

  — Je comprends… Je vous apporte votre manteau dit-elle en se levant du sofa.

  Tenez, le voilà !

  Déjà debout, le jeune homme enfila son vêtement, puis se dirigea vers la porte, suivi d’Anastasia.

  — Eh bien merci infiniment pour le café ! J’ai été ravi de faire votre connaissance, dit-il essayant de ne pas trop laisser transparaître sa déception.

  — Tout le plaisir a été pour moi ! répondit-elle en souriant.

  Hugues s’éclipsa, un peu amer, se demandant à quel jeu la jolie Russe pouvait bien jouer. L’esprit occupé à chercher une explication, il prit sans attendre le chemin du retour. Et c’est seulement en arrivant aux Marais qu’il s’aperçut qu’une carte de visite traînait négligemment sur le siège passager :  

Anastasia Valentinovna Egorova

Tel 06 19 61 22 74

  Cette carte était-elle tombée par hasard du sac de la jeune femme, ou l’avait-elle déposée délibérément ? Impossible de le savoir…

 

  Le lendemain matin il fut réveillé par la sonnerie de son téléphone mobile.

  — Allo Hugues, c’est Vadim…

  — Ah bonjour Vadim ! Alors…content du vernissage ?

  — Si je suis content ? Oh c’est bien plus que ça ! Je ne redescends pas de mon nuage… Merci du fond du cœur ! Honnêtement je ne pouvais pas rêver mieux pour une première exposition à Paris ! Eto bylo zdorovo !![11]

  — Tu m’en vois vraiment ravi ! As-tu vendu des toiles ?

  — Oui déjà deux et ton ami Adrien voudrait m’acheter un triptyque !

  — Fantastique ! Ça ne fait que commencer, tu verras. Avec le bouche à oreille qui va suivre, cela ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin. Tu as du talent Vadim ! Il faut juste que le public puisse découvrir ton travail.

  — Eto ochen milo s tvoei storoni[12] Hugues. J’espère pouvoir te rendre un jour ce que tu m’as donné !

  — Ah n’y pense même pas ! Que l’exposition soit un succès suffit à mon bonheur… C’est surtout le propriétaire du dix-neuf rue de Seyne qu’il faut remercier. Sans lui, rien n’aurait été possible…

  — Tu es trop modeste Hugues car ton rôle a été déterminant… quoi qu’il en soit je vais bien entendu également appeler Christian, tu as raison.

  — Oui cela lui fera plaisir… Et sinon, comment as-tu terminé la soirée ?

  — Oh assez simplement ; nous sommes sortis dîner avec ton amie Daphné. C’est une jeune femme délicieuse et une experte en histoire de l’art. Elle semble beaucoup t’apprécier…

  — Bon, je te rappelle un peu plus tard, s’excusa Hugues, gêné.

 



[1] Salut Hugues, content de te voir

[2] Bonsoir Vadim

[3] Enchanté, je suis Vadim

[4] Enchanté de faire votre connaissance, je m’appelle Hugues

[5] Vous parlez très bien russe

[6] Sérieusement ?!

[7] Enchanté Anastasia

[8] Moi de même

[9] Maison de campagne

[10] Salut marguerites

[11] C’était formidable

[12] C’est très gentil de ta part

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